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Mise à jour : 24/12/2007
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Visages et figures de la Commune

Dans cette section, nous évoquerons quelques grandes figures de la Commune. Il y'en eut tellement, sans compter tout les anonymes qui donnèrent leur coeur et leur vie, pour ce magnifique projet, que cette liste n'est, bien sûr, pas exhaustive.

Les Femmes seront traitées dans la partie : Ces grandes Femmes qui ont fait l'histoire

Louise Michel / Femmes de la Commune

La principale source de documentation de ces portraits est l'ouvrage :

Dictionnaire de la Commune
(Bernard Noël / Fernand Hazan Editeur 1971)
Auguste Blanqui

(1805-1881)


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     Militant révolutionnaire, intègre, infatigable, républicain puis socialiste, Blanqui sera de toutes les conspirations, insurrections, émeutes et révoltes qui vont  parcourir le siècle, quand il ne sera pas en prison. Il y passera, près de 37 ans de sa vie, ce qui lui vaudra le surnom de l'enfermé. Il collaborera, aussi, à de nombreuses sociétés secrètes complotant contre les régimes successifs.

      Dés l'age de 17 ans, alors qu'il est étudiant à Paris, il entre dans l'action politique. En 1824, il adhère à la Charbonnerie, société secrète visant la destitution des Bourbons au pouvoir. Il est blessé en 1827, lors de manifestations étudiantes. En 1829, il rentre au Globe, journal d'opposition au régime de Charles X. Dans le même temps, Il étudie le Socialisme de Saint Simon. En juillet 1830, lors des 3 glorieuses, il est sur les barricades. Par la suite, il organise des cercles républicains et entre dans la Société des amis du peuple. S'ensuit une condamnanation d'un an de prison en 1832, dûe en partie à une plaidoirie qu'il fait lors de son procès, dans laquelle il se déclare prolétaire et fustige le régime.

   Une fois libre, il s'initie à la pensée de Baboeuf, dirige la Société des familles, avec un dénommé Barbès et entre dans la clandestinité. A nouveau condamné, puis amnistié, il refonde, avec Barbès, un nouveau groupe clandestin, la Société des saisons. En 1839, les 2 hommes tentent de fomenter une insurrection, qui échoue. Barbès est arrêté, Blanqui, réussit à fuir. En  1841, il est arrêté, à son tour et condamné à mort, mais sa peine est commuée en détention perpétuelle. Malade, jugé incurable, il est gracié, mais refuse la faveur royale.

      En mars et avril 1848, il organise des manifestations, réunissant 100 000 ouvriers, pour ajourner les élections à venir, afin que le peuple ait le temps de s'instruire avant de se prononcer. Accusé d'être responsable d'une émeute le 15 mai, il est condamné à 10 ans de prison. Libéré, il reprend la lutte. Il est à nouveau arrêté en 1861 et prend 4 ans de prison. Son influence grandit et un parti s'organise autour de son nom. Il s'évade en 1865 et rejoint la Belgique où un ami l'héberge. Il va vivre des moments paisibles, en profitant pour écrire sur la philosophie, l'économie et le socialisme, textes, regroupés dans 2 volumes posthumes, Critique sociale. En 1867-68, il rédige une Instruction pour une prise d'arme, traité de guérilla urbaine et programme de transition, pour aller vers une société communiste.

    En 1870, il revient sur Paris, à l'appel des Blanquistes, qui préparent une insurrection contre l'Empire. En vue de ce projet, il participe à une tentative de prise d'armes dans une caserne, qui échoue.

    Blanqui dénonce la capitulation du gouvernement provisoire, dans la guerre contre la Prusse, notamment à travers un journal qu'il lance, La Patrie en danger. Il participe aux journées insurrectionnelles du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Le 17 mars, Thiers, le fait arrêter, en prévision des évènements qui s'annoncent sur Paris. En prison, il ne sera pas au courant de la Commune qui se met en place dès le lendemain.

     Libéré en 1879, il militera pour l'amnistie des insurgés, participant à réunions et banquets dans toute la France. En 1880, il fonde un nouveau journal, Ni Dieu ni Maître.

     A son enterrement, 100 000 personnes suivent ses obsèques.

Blanquisme

      Les écrits de Blanqui et ce que l'on sait de lui va former une doctrine. Des milliers de militants vont s'en inspirer et elle va  jouer un rôle considérable durant la commune. Marx dira de lui, qu'il était la tête et le coeur du parti prolétaire en France.

    Dépassant Saint Simon et Fourrier, Blanqui fonde sa pensée sur le matérialisme, passant du socialisme utopique au socialisme scientifique et à l'athéisme le plus absolu. Celle-ci comporte, une théorie de la révolution, de la société et de la dictature révolutionnaire.

      La révolution est une force créatrice qui tire son dynamisme de la négation opposée à l'ordre existant et qui par la violence, transmue la société en détruisant l'oppression exercée par les privilégiés en lui substituant l'égalité et l'association de tout les Hommes. La révolution a pour but de faire entrer l'Humanité dans la phase de sa maturité qui est le communisme au terme d'un processus historique inéluctable. « L'humanité a commencé dans l'individualisme absolu et, à travers une longue série de perfectionnements, elle doit aboutir à la communauté. »  

     Il voit l'histoire comme le développement d'un organisme animé par une spontanéité créatrice. L'humanité dispose de 2 richesses : l'intelligence et le travail et elle en combine les efforts pour agir sur le sol, élément passif.

      La propriété du sol devrait être à tous. Elle le fut, mais la division du travail a suscité l'échange, lequel a suscité la monnaie d'où est sorti le capital, qui par ruse et violence a capté la propriété du sol, des instruments de travail, de l'intelligence et par conséquent de ses produits.

      La révolution doit être menée par les déclassés, à savoir,  une minorité issue de la Bourgeoisie qui a suffisamment d'intelligence et de coeur pour saisir le sens de l'évolution et rompre avec sa classe. Passés au prolétariat, ils précipitent sa fermentation et prennent la tête de son combat formant la conjuration qui organise la masse. Autrement  celle-ci est vouée à disperser sa force dans une révolte incohérente.

       La révolution faite, cette conjuration établit la dictature révolutionnaire qui va gouverner durant la période transitoire qui mènera au communisme. Celle-ci, sorte de gendarme défendant les pauvres contre les riches s'occupera essentiellement de l'éducation du peuple car « Le communisme ne peut se réaliser que par le triomphe absolu des lumières ».

     Enfin, l'essentiel de son travail théorique, consiste plus à élaborer les conditions du triomphe de la révolution sociale, qu'à décrire la société future ( Instruction pour une prise d'arme). Comme, vu, plus haut, Blanqui est aussi et surtout un homme de terrain, participant, sans cesse, aux révoltes et aux différentes sociétés secrètes révolutionnaires. C'est surtout cela, qui lui donne une telle notoriété dans le coeur des ouvriers et des révoltés.

Les blanquistes

      Durant son incarcération à Ste Pélagie (1861), Blanqui devient le maître à penser d'un groupe de jeunes révolutionnaires, qui forme le noyau d'une organisation clandestine, à la fois parti politique et armée secrète. Durant son exil en Belgique, Blanqui, vient en secret à Paris donner des instructions à ses partisans. Cette organisation qui sélectionnait très rigoureusement ses membres, compte entre 2000 et 3000 adhérents début 1870. Elle joue un rôle important dans les manifestations et les émeutes de cette époque.

      Thiers ne s'est pas trompé, quand à la veille de la Commune, sentant l'insurrection arriver, il fait arrêter Blanqui. Cela a contribué à désorganiser le mouvement et à entraîner la division de ses membres au sein du Conseil de la Commune. Thiers refusa toujours de céder à la demande des communards d'échanger tous les otages détenus par la Commune contre le seul Blanqui. Il déclara que rendre Blanqui à Paris équivalait à le renforcer d'un corps d'armée.

blanqui go Blanqui sur Wikipèdia

L'archive Louis-Auguste Blanqui



Ni dieu ni maître




Eugène Varlin

(1839-1871)


    Eugène Varlin est sûrement, avec Louise Michel, l'une des plus grandes figures de la Commune de Paris.

   Socialiste d'esprit plutôt libertaire, il demeure une personnalité à part, obéissant à son coeur et à la raison plutôt qu'à un dogme absolu. On lui reconnaît sa bonté et sa générosité, son intelligence, sa scrupuleuse honnêteté et une loyauté sans failles envers ses idées qui le conduiront sur des sentiers héroïques.

    Né en Seine et Marne, il est fils de paysans pauvres. Son père, journalier agricole, cultive à son compte quelques lopins de terre. Eugène va, malgré tout poursuivre sa scolarité jusqu'à l'age de 13 ans. Par ailleurs, son grand père maternel l'entretient de la Révolution de 1789.

    En 1852, il rentre en apprentissage d'ouvrier-relieur chez un oncle à Paris. Il excelle dans sa tâche. Il en profite pour lire les ouvrages qui lui passent dans les mains. Puis, il prend une chambre en ville et  travaille pour différents  patrons. Il continue, parallèlement, son
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instruction. Il lit tout types d'oeuvres, littéraires, politiques, économiques et sociales, puis suit des cours du soir. Il obtient 2 seconds prix ( français et comptabilité ) et une mention en géométrie. Il se met même à étudier le latin. En sus, il s'intéresse aux arts et chante dans une chorale. En 1857, il entre dans la Société civile des relieurs, une société de secours mutuel qui réunit patrons et ouvriers. En 1859, il devient contremaître.
 
    En 1864 puis 65, il anime les premières grèves des relieurs, dont les revendications sont la journée de travail à 10 heures au lieu de 12 et une augmentation des salaires. C'est à ce moment qu'il rencontre Nathalie Lemel. En guise de reconnaissance, pour son activisme, ses camarades lui offrent une montre en argent. Par contre, il se  fait repérer par la police.
   
    En 1866, il participe à la fondation de la Société civile d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs de Paris, qui deviendra la Société de solidarité des ouvriers relieurs de Paris. Il y est élu à la présidence et rédige les statuts dans lesquels il dit qu'il convient de « poursuivre l'amélioration constante des conditions d'existence des ouvriers relieurs en particulier, et, en général, des travailleurs de toutes les professions et de tous les pays, et d'amener les travailleurs à la possession de leurs instruments de travail ». Favorable à l'égalité des sexes, il fait entrer Nathalie Lemel, dans le conseil d'administration.

    Entre temps, il adhère à la section française de l'Internationale et collabore à son hebdomadaire, Tribune ouvrière. Il participe aux congrès de l'A.I.T. et va rapidement y jouer un rôle important. A Londres, il rencontre Marx. A Genève il défend, contre la majorité, imprégnée de proudhonisme, le droit au travail pour les femmes.

     En 1867, avec son frère Louis et Nathalie Lemel, il fonde une coopérative d'alimentation, la Ménagère, puis en 1868, le restaurant coopératif la Marmite, qui sera un véritable succès, comptant jusqu'à 8000 adhérents.

     Devenu secrétaire, correspondant du bureau parisien de la Première Internationale, Varlin va être au coeur de nombreux mouvements sociaux. Il fait un premier séjour en prison d'août à octobre 1868. En 1869, les grèves se multiplient. Il créait la caisse du sou pour venir en aide aux grévistes. Cette même année, au congrès de l'A.I.T. de Bâle, il opte pour le collectivisme, contre le mutuellisme. Il se prononce pour la propriété collective des sols. Il contribue également à la fondation de la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières. En 1870 il constitue des sections de l'Internationale à Lyon, Lille, au Creusot et signe le manifeste de la section parisienne de l'A.I.T. contre la guerre. Dans ces 2 années, il est arrêté plusieurs fois. Fin avril, sous la pression de ses camarades, il s'exile en Belgique pour éviter une nouvelle incarcération.

     Revenu après la chute de l'Empire, il participe à la création du Comité central républicain des vingt arrondissements, au sein duquel il est nommé délégué. Il s'engage dans la Garde Nationale et devient commandant du 193e bataillon. Il est partisan de la défense à outrance contre la Prusse incarnant le Monarchisme. Il est révoqué de son commandement après l'insurrection du 31 octobre, qui éclate en raison de la politique du gouvernement provisoire.

     Pendant l'hiver et le siège de Paris, il s'occupe de pourvoir à l'alimentation des plus nécessiteux.

    Il se présente aux élections de l'Assemblée Nationale du 8 février, comme candidat socialiste révolutionnaire, mais sans succès.

    Lors de l'insurrection du 18 mars, il participe à la prise de la place Vendôme. Il est, ensuite, élu au Conseil de la Commune et nommé à la commission des finances, puis à celle des subsistances. Il assure, également, la liaison avec les Sociétés ouvrières. Le 2 mai il est nommé directeur général de la manutention et des approvisionnements militaires. Il est reconnu pour son intégrité.

      Le 1er mai, Varlin et la majorité des internationalistes, s'opposent à la création du Comité de Salut public et signent le manifeste de la minorité.

     Lors de la semaine sanglante, Varlin fait front sur les barricades du Ve, puis VIe, et XIe arrondissement. Il essaye vainement de s'opposer à l'exécution des otages de la Commune le 26 mai. Il se bat jusqu'à la fin sur la dernière barricade de Belleville, le 28 mai.

    L’après-midi, épuisé, assis sur un banc, un prêtre en civil le reconnaît et le dénonce. Le lieutenant Sicre l'arrête et le traîne vers Montmartre sous les injures et les coups de la populace. Il est fusillé le jour même. « Vive la république ! Vive la Commune ! » sont ses derniers mots. Son cadavre est frappé à coups de crosse. Sicre, lui vole la montre qu'on lui avait offert.

     Lissagaray, Journaliste et auteur d'une grande enquête sur la Commune de Paris paru sous le titre de l'Histoire de la Commune de 1871, dira de lui :

- « Le mont des martyrs n'en a pas de plus glorieux. (...) Toute la vie de Varlin est un exemple. »



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« Tant qu'un Homme pourra mourir de faim à la porte d'un palais où tout regorge,
il n'y aura rien de stable dans les institutions humaines »






Théophile Ferré

(1846-1871)


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    Militant Blanquiste, il gagne sa vie comme clerc d'avoué. Poursuivi plusieurs fois sous l'Empire pour délits politiques, il est traduit devant la Haute Cour de Blois en juillet-août 1870. Il est acquitté, faute de preuves.

    Après la proclamation de la république, en septembre 1870, Ferré s'engage sur de multiples fronts. Il collabore à La Patrie en danger, le journal de Blanqui. Actif sur Montmartre, il incorpore un de ses bataillons de la Garde nationale et devient membre du Comité de vigilance du quartier. Il officie également comme conférencier au club des Défenseurs de la république.

      Le 18 mars, il est partie prenante dans l'insurrection. Il monte avec Louise Michel et les membres du comité de vigilance de Montmartre sur la butte pour faire front à la reprise des canons par l'armée. Après la prise de l'Hotel de Ville, par la Garde Nationale, il est de ceux qui veulent aller sur Versailles pour renverser définitivement le gouvernement Thiers.

       Il est élu dans le XVIIIe arrondissement pour siéger au Conseil de la Commune, le 26 mars. Il y enchaîne différentes fonctions. Il est, d'abord chargé du compte-rendu des séances. Il est nommé à la Commission de Sûreté générale (affaires de police) le 29 mars. Il devientt ensuite substitut du procureur de la Commune, Raoul Rigault, le 1er mai, puis délégué à la Sûreté générale, le 13 mai.

     Il vote pour l'instauration du Comité de Salut public et se résigne le 24 mai à signer l'ordre d'exécution de 6 otages. Il en assumera toute la responsabilité lors de son jugement devant le conseil de guerre.

      Arrêté à la fin  de la commune, la justice s'en prendra également à ses parents.

     Durant son incarcération il échangera des courriers avec Louise Michel, qui lui voue une grande passion amoureuse.

     Jugé le 07 août, il assume lui-même sa défense, déclarant au final :

« Membre de la Commune, je suis entre les mains de ses vainqueurs. Ils veulent ma tête, qu'ils la prennent ! Jamais je ne sauverai ma vie par lâcheté. Libre j'ai vécu, j'entends mourir de même. Je n'ajoute plus qu'un mot : la fortune est capricieuse. Je confie à l'avenir le soin de ma mémoire et de ma vengeance. »

    Condamné à mort, le 02 septembre, il refuse de demander sa grâce.

    Lissagaray relatant son exécution, dit :

« (...) Ferré vint le dernier, vêtu de noir, le binocle à l'oeil, le cigare aux lèvres. D'un pas ferme, il marcha au troisième poteau... Ferré jeta le bandeau, repoussa le prêtre qui venait à lui et, ajustant son binocle, il regarda bien en face les soldats. »






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